Le Journal d'une femme de chambre

Dédicace

Le journal d une femme de chambre          Ce livre que je publie sous ce titre : Le Journal d’une femme de chambre a été véritablement écrit par Mlle Célestine R…, femme de chambre. Une première fois, je fus prié de revoir le manuscrit, de le corriger, d’en récrire quelques parties. Je refusai d’abord, jugeant non sans raison que, tel quel, dans son débraillé, ce journal avait une originalité, une saveur particulière, et que je ne pouvais que le banaliser en « y mettant du mien ». Mais Mlle Célestine R… était fort jolie… Elle insista. Je finis par céder, car je suis homme, après tout…

           Je confesse que j’ai eu tort. En faisant ce travail qu’elle me demandait, c’est-à-dire en ajoutant, çà et là, quelques accents à ce livre, j’ai bien peur d’en avoir altéré la grâce un peu corrosive, d’en avoir diminué la force triste, et surtout d’avoir remplacé par de la simple littérature ce qu’il y avait dans ces pages d’émotion et de vie…

Ceci dit, pour répondre d’avance aux objections que ne manqueront pas de faire certains critiques graves et savants… et combien nobles !…

O. M.
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre I

    Aujourd’hui, 14 septembre, à trois heures de l’après-midi, par un temps doux, gris et pluvieux, je suis entrée dans ma nouvelle place. C’est la douzième en deux ans. Bien entendu, je ne parle pas des places que j’ai faites durant les années précédentes.
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre II

    Je n’ai pas encore écrit une seule fois le nom de mes maîtres. Ils s’appellent d’un nom ridicule et comique : Lanlaire… Monsieur et madame Lanlaire… Monsieur et madame va-t’faire Lanlaire !…
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre III

    Ce matin, dimanche, je suis allée à la messe. J’ai déjà déclaré que, sans être dévote, j’avais tout de même de la religion…On aura beau dire et beau faire, la religion c’est toujours la religion.
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre IV

    Depuis une semaine, je ne puis plus écrire une seule ligne de mon journal… Quand vient le soir, je suis éreintée, fourbue, à cran… Je ne pense plus qu’à me coucher et dormir… Dormir !… Si je pouvais toujours dormir !…
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre V

    Ma mère est morte. J’en ai reçu la nouvelle, ce matin, par une lettre du pays. Quoique je n’aie jamais eu d’elle que des coups, cela m’a fait de la peine, et j’ai pleuré, pleuré, pleuré… En me voyant pleurer, Madame m’a dit :
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre VI

    Monsieur était devant moi, de face, la peau toute mouillée, grelottante, et l’éponge, en ses mains, coulait comme une fontaine… Ah !… sa tête, ses yeux, son immobilité !
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre VII

    Décidément, voici l’automne. Des gelées, qu’on n’attendait pas si tôt, ont roussi les dernières fleurs du jardin. Les dahlias, les pauvres dahlias, témoins de la timidité amoureuse de Monsieur sont brûlés
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre VIII

    Enfin, j’ai reçu une lettre de monsieur Jean. Elle est bien sèche, cette lettre. On dirait à la lire qu’il ne s’est jamais rien passé d’intime entre nous. Pas un mot d’amitié, pas une tendresse, pas un souvenir !
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre IX

    Un qui m’intrigue, c’est Joseph. Il a des allures vraiment mystérieuses et j’ignore ce qui se passe au fond de cette âme silencieuse et forcenée. Mais sûrement, il s’y passe quelque chose d’extraordinaire.
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre X

    Rien ne me fait plaisir comme de retrouver dans les journaux le nom d’une personne chez qui j’ai servi. Ce plaisir, je l’ai éprouvé, ce matin, plus vif que jamais, en apprenant par
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre XI

    Maintenant, il n’est plus question de la petite Claire. Ainsi qu’on l’avait prévu, l’affaire est abandonnée. La forêt de Raillon et Joseph garderont donc leur secret, éternellement. De celle qui fut une pauvre petite créature humaine, il ne sera pas plus parlé désormais que du cadavre d’un merle, mort, sous le fourré,
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre XII

    J’ai dit que je parlerais de M. Xavier. Le souvenir de ce gamin me poursuit, me trotte par la tête, souvent. Parmi tant de figures, la sienne est une de celles qui me reviennent le plus à l’esprit. J’en ai parfois des regrets et parfois des colères.
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre XIII

    Et je me revois à Neuilly, chez les sœurs de Notre-Dame des Trente-six-Douleurs, espèce de maison de refuge, en même temps que bureau de placement, pour les bonnes. C’est un bel établissement — matiche — à façade blanche, au fond d’un grand jardin. Dans le jardin orné
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre XIV

    Rose est morte. Décidément le malheur est sur la maison du capitaine. Pauvre capitaine !… Son furet mort… Bourbaki mort… et voilà le tour de Rose !… Malade depuis quelques jours, elle a été emportée avant-hier soir par une soudaine attaque de congestion pulmonaire…
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre XV

    Joseph, ainsi qu’il était convenu, est parti hier matin pour Cherbourg. Quand je suis descendue, il n’est déjà plus là. Marianne, mal réveillée, les yeux bouffis, la gorge graillonnante, tire de l’eau à la pompe. Il y a encore, sur la table de la cuisine, l’assiette où Joseph vient de manger sa soupe, et le pichet de c
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre XVI

    Aucune lettre de Joseph. Sachant combien il est prudent, je ne suis pas trop étonnée de son silence, mais j’en souffre un peu. Certes, Joseph n’ignore point qu’avant de nous être distribuées les lettres passent par Madame, et, sans doute, il ne veut pas s’exposer et m’exposer à ce qu’elles soient lues ou seulement que
  • Le Journal d’une femme de chambre - Chapitre XVII

    Nous sommes mariés ; les affaires vont bien ; le métier me plaît ; je suis heureuse. Née de la mer, je suis revenue à la mer. Elle ne me manquait pas, mais cela me fait plaisir tout de même de la retrouver.