Le Kosovo sur la voie de l'indépendance

Le Kosovo sur la voie de l'indépendance

International Herald Tribune (France)

Le chroniqueur Roger Cohen voit une raison de se réjouir dans l'indépendance imminente du Kosovo, tout en sachant que "la Serbie va s'insurger contre ce que son Premier ministre appelle 'cet état fictif sur le territoire serbe', que l'ours russe va gronder et que la tension va monter dans les Balkans pendant quelque temps (...). Le fait est que l'indépendance du Kosovo est justifiée, unique et inévitable. (...) La Serbie a perdu son pari nationaliste sur le Kosovo il y a longtemps : les différences qui en découlent sont insurmontables. Attendre davantage avant l'inévitable ne peut qu'aggraver la situation dans la région. (...) Les ministres de l'UE se rencontreront lundi [le 18 février] et pourraient s'entendre sur une déclaration de principe affirmant que les conditions de la reconnaissance sont réunies. Une claire majorité des 27 pays européens - certainement pas moins de 20 - est prête à reconnaître le Kosovo rapidement. (...) L'unanimité serait certes mieux, mais un large consensus est suffisant. (...) Plus important encore, les Etats-Unis et l'Europe marcheront au même rythme, ce qui n'est pas très courant ces temps-ci."

La Voix du Luxembourg (Luxembourg)

"La plupart des chancelleries observent avec un mélange d'espoir et d'inquiétude le Kosovo qui s'apprête à déclarer son indépendance", écrit Laurent Moyse. "Une fois de plus, l'UE joue avec le feu dans son arrière-cour. S'il paraît évident que la cohabitation entre Serbes et Albanais au sein d'un même Etat se résume à un échec, les conditions dans lesquelles cette séparation se produit sont loin d'être idéales. (...) Ce qui frappe, c'est que les Balkans symbolisent l'incapacité de l'Europe à cimenter des sociétés pluriethniques. Après la partition de la Tchécoslovaquie et le démantèlement de la Yougoslavie titiste, les constructions nationales du vingtième siècle n'ont pas toutes résisté aux velléités d'autonomie. En négligeant de comprendre les vicissitudes de l'Histoire, l'Europe peine à trouver une réponse cohérente aux crises qui la secouent."

Dnevnik (Slovénie)

Ervin Hladnik Milharcic, partisan de la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, estime qu'il n'y a aucune raison d'empêcher l'intégration des Balkans dans l'UE. "Encore aujourd'hui, certains affirment que la guerre a commencé en ex-Yougoslavie après que l'Allemagne a reconnu la Slovénie et la Croatie, qui avaient déclaré leur indépendance en premier. Et certains ne manquèrent alors pas d'affirmer que ce processus allait nuire aux intérêts des pays voisins et déstabiliser l'Europe. On redoutait même des pertes économiques et la désintégration de l'UE. (...) Lorsque le Kosovo a annoncé son intention de déclarer son indépendance, les mêmes mises en garde que celles qui concernaient la Slovénie en 1991 se sont fait entendre. (...) La reconnaissance du Kosovo lui donnerait un nouveau statut : cette province deviendrait un Etat dans lequel les Albanais devront assumer toutes leurs responsabilités, y compris la sécurité de la minorité serbe. Si c'est ce que souhaitent vraiment les citoyens, les stopper n'a aucun sens."

Dnevnik (Bulgarie)

Ivo Indjev déplore que la Bulgarie n'ait toujours pas communiqué sa position officielle sur le Kosovo. "L'UE soutient l'indépendance du Kosovo. La Bulgarie est membre de l'UE et, de ce fait, approuve indirectement l'indépendance de la province, mais en silence. (...) En ménageant la chèvre et le chou, le gouvernement essaie de montrer qu'il sait faire preuve de souplesse, mais, en réalité, il a peur d'essuyer un camouflet, non pas de ses propres concitoyens, mais du Kremlin. (...) Nous ne devrions pas nous raconter d'histoires sur la neutralité. Lorsque la Bulgarie s'est opposée aux tendances nationalistes dans les Balkans et est devenue, en 1992, le premier pays à reconnaître l'Etat de Macédoine, elle a fait son entrée sur la scène géopolitique. Toutefois, la politique extérieure est une projection des tendances nationales. Vu sous cet angle, on peut affirmer que la Bulgarie a affiché son indépendance en 1992 et en 1999 [en soutenant la position de l'OTAN sur le conflit avec la Serbie]. Maintenant, elle se comporte plutôt comme l'épouse infidèle de la Russie."

Neue Zürcher Zeitung (Suisse)

Thomas Muster estime que le gouvernement du Kosovo indépendant se trouvera face à deux défis de taille : l'indépendance politique et la consolidation de l'économie. Actuellement, le PIB par habitant ne s'élève qu'à 1 100 euros par an, un niveau bien inférieur à celui des pays de la région. Le pays regorge néanmoins de matières premières, comme le lignite, le plomb et le zinc. "La situation économique actuelle du Kosovo n'inspire (...) guère confiance. La province compte environ deux millions d'habitants et 40 % de la population active est sans emploi. Le chômage des jeunes et le chômage de longue durée sont de graves problèmes. Les infrastructures et l'approvisionnement en énergie sont dans un état lamentable. La fragilité de l'environnement politique et la corruption, très répandue, n'incitent guère les investisseurs étrangers à se lancer dans l'aventure."

-CourrierInternational-

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