KOSOVO • L'indépendance oui, mais tout reste à faire, Veton Sorroi

Vive République du KOSOVO !!! Vive Le Peuple Albanais!!! MERCI Beaucoup à Tous Les Amis du Peuple Albanais !!!17 Février 2008 : L'Histoire Différente...

KOSOVO • L'indépendance oui, mais tout reste à faire



Même s'il est tardif et sous haute surveillance internationale, le nouveau statut du territoire ouvre une nouvelle page de l'histoire du Kosovo. Il marque surtout la fin des ambitions hégémoniques de Belgrade, estime le journaliste et homme politique Veton Surroi.
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Panneau d'affichage en faveur de l'indépendance du Kosovo à Tirana, 15 février 2008 AFP

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L'indépendance du Kosovo est enfin sur le point d'être réalisée, on attend juste le feu vert de la communauté internationale. C'est l'aboutissement d'un long processus historique, qui remonte bien au-delà de la dissolution de la Yougoslavie socialiste [à partir de 1991]. En réalité, c'est la fin de l'Empire austro-hongrois et de l'Empire ottoman, et l'achèvement d'un ordre résultant du traité de Versailles, en 1919, qui a marqué la fin la Première Guerre mondiale. Les Kosovars arrivent au bout d'une longue marche vers l'autodétermination. Pour la Serbie et sa capitale Belgrade, c'est la fin d'une illusion, celle de pouvoir dominer les peuples et les territoires de l'ex-Yougoslavie. Enfin, pour la communauté internationale, cela pourrait signer le début de la fin de son intervention dans le processus tragique de dissolution de l'ex-Yougoslavie.

Cela aurait déjà pu avoir lieu le 12 juin 1999, au moment même où les troupes de l'OTAN étaient entrées au Kosovo, en pourchassant les forces serbes. Pourquoi avoir tant attendu pour définir le statut du Kosovo – l'indépendance –, alors que ce territoire est devenu indépendant de la Serbie le jour où le premier soldat de l'OTAN y a mis les pieds ? On pourrait trouver une raison dans le choix symbolique du jour censé sceller l'indépendance du Kosovo. Si tout suit le plan prévu, le Parlement du Kosovo devrait proclamer l'indépendance le 17 février, un dimanche, jour du Seigneur et du repos. Ce choix (même si certains pronostiquent le lendemain matin, le lundi 18 février) devrait laisser aux différents Etats le temps de reconnaître cette indépendance, après l'acte de sa proclamation. Le but est aussi de retarder le plus possible la possibilité que la Russie mette en œuvre son plan anti-indépendance du Kosovo, en présentant notamment un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU.

Mais le choix de la date n'explique qu'en partie le retard de l'indépendance du Kosovo, car nous avons accepté depuis longtemps les conditions posées par la communauté internationale sur le statut des minorités et la décentralisation de la province [qui donne une large autonomie aux enclaves serbes]. C'était sans compter avec l'entrée en scène de la Russie de Vladimir Poutine. Au cours des deux dernières années, nous avons autant discuté du nouveau statut du Kosovo que de la nouvelle place de la Russie dans le monde ! Lorsqu'il fallait faire des concessions sur la décentralisation, tout était fait dans l'espoir que cela puisse satisfaire la Russie de manière qu'elle accepte la résolution de l'indépendance du Kosovo à l'ONU. Lorsque fut décrété un délai supplémentaire de 120 jours de négociation au sein de la troïka (Etats-Unis, Union européenne et Russie), Moscou a réussi à imposer au monde sa vision des choses.

Mais il ne faut pas accuser les Russes de tous les maux. L'autre raison du retard se cache dans la réalité kosovare. La faiblesse institutionnelle du futur nouvel Etat constitue, depuis 1999, un problème important. Au moment de l'indépendance, une partie du nord du territoire du Kosovo sera administrée de facto par la Serbie. Au début des négociations, au sujet du plan Ahtisaari, le projet initial prévoyait une présence d'environ 200 internationaux, dont 120 membres kosovars pour constituer l'équipe technique. Or la nouvelle mission comptera 1 800 membres – policiers, juges et autres administrateurs civils – dont les prérogatives ont été élargies au point d'interférer avec celles de la gestion de l'Etat. Prenant en compte les handicaps kosovars, la communauté internationale a ainsi changé son fusil d'épaule, passant à une forme d'indépendance surveillée, voire administrée, de l'extérieur.

Cette indépendance-là, sur le fil du rasoir, a le double visage de Janus. Côté face, nous sommes à la veille d'un moment historique ; qu'elle soit surveillée, administrée, limitée ou au rabais, l'indépendance du Kosovo ouvrira une nouvelle page de son histoire. Côté pile, le défi est de faire fonctionner le nouvel Etat. La souveraineté du Kosovo sera confrontée à sa légitimité internationale et il faudra du temps avant que le jeune Etat puisse disposer de sa représentation officielle dans les institutions internationales. La souveraineté du Kosovo devra aussi compter avec le défi représenté par une partie du nord de son territoire, transformé en "conflit gelé". Et, surtout, la future présence internationale sera tentée d'administrer directement le Kosovo, tentation à laquelle elle aura du mal à résister.
-CourrierInternational-

Veton Surroi
Koha Ditore
Asnjë vlerësim. Bëhu i pari që e jep atë!
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