ENVIRONNEMENT-Seuls les Etats peuvent sauver la planète

ONG, partis politiques, multimillionnaires : nombreux sont ceux qui disent s'investir dans la protection de la planète. Sans grands succès car une politique environnementale efficace ne peut passer que par l'action d'un Etat fort, analyse Andrew Dobson.

La fin de l'été 2007 a commencé, dans l'hémisphère Nord, par une période de turbulences financières mondiales qui a provoqué presque immédiatement l'intervention massive et prolongée des gouvernements et des banques centrales pour maintenir le système à flots. L'implication de l'Etat dans l'économie a été au cœur de cette dramaturgie. Les répercussions de la crise financière se feront sentir pendant des mois, peut-être des années.

En parallèle, on pourrait être tenté de ne considérer dès lors la fin de l'été 2007 que comme une énième phase de ces extrêmes extraordinaires, et pourtant routiniers de nos jours, que connaît le système météorologique mondial – inondations massives du Royaume-Uni à l'Afrique, incendies de forêt dévastateurs en Grèce, sécheresse apparemment interminable en Australie, fonte des glaces au Groenland.

Il faut résister à cette tentation, et pas uniquement parce que ces événements sont aussi des processus, qu'ils constituent une partie de la réalité qui détermine notre vie et que nous devons les comprendre et réagir si nous voulons survivre. S'il faut se souvenir, c'est aussi à cause des réactions diverses des gouvernements impliqués dans ces crises environnementales – trop souvent tardives, provisoires et fragmentées. Si les Etats peuvent reconnaître une situation d'urgence financière ponctuelle et remuer ciel et terre (et des milliards de dollars, de livres et d'euros) en un instant pour la contrôler, pourquoi ne peuvent-ils pas faire en faire autant en cas d'urgence environnementale permanente ?

Les gouvernements démocratiques possèdent après tout la légitimité politique qui dérive du mandat populaire et que les individus et les autres organisations n'ont pas ; ils peuvent donc faire des choses que ne peuvent pas faire ces autres forces (par exemple, adopter des lois qui modifient les comportements – comme l'interdiction de fumer dans les lieux publics).

L'industrie automobile est exemplaire de la bataille à mener au sein de l'Union européenne. L'UE cherche depuis quelque temps à imposer un seuil d'émission de 120 grammes par kilomètre (g/km) de CO2 pour les nouvelles voitures d'ici à 2012. Comme 25 % seulement des nouveaux modèles vendus en Grande-Bretagne se trouvent sous le seuil des 100-150 g/km, on voit facilement la quantité de travail qu'il reste à accomplir au cours des cinq ans à venir. C'est là un dossier test pour la "modernisation écologique", cette idée que développement durable et croissance économique ne sont pas en contradiction car l'industrie peut profiter d'une réglementation stricte en matière d'environnement en fabriquant et en vendant davantage de produits respectueux de l'environnement.

L'automobile est en théorie un secteur parfait pour la modernisation écologique, et ce pour trois raisons :
- il y a largement matière à amélioration ;
- les réglementations nécessaires sont faciles à mettre sur pied et à comprendre (le seuil de 120 g/km, par exemple) ;
- les constructeurs actualisent constamment leurs modèles, ce qui leur permet de progresser rapidement vers les objectifs fixés par le gouvernement.

Par ailleurs, l'argument fort des milieux écologistes en faveur d'une réglementation européenne est que, quand on fait appel à la bonne volonté des industriels en comptant sur une autorégulation et des limitations volontaires, cela ne marche jamais. Ainsi, aucun constructeur automobile d'Europe, du Japon et de Corée n'a atteint les objectifs qu'il s'était fixés pour 2008-2009.

Les leçons à tirer de la résistance de l'industrie automobile jouent en faveur de l'intervention de l'Etat (souvent par l'intermédiaire d'organismes intergouvernementaux comme l'Union européenne). Elles sont de trois ordres et doivent être retenues :
- les codes de bonne conduite volontaire sont sans effet ;
- faire appel au profit pour mettre les entreprises sur la voie du développement durable ne marche pas non plus ;
- la modernisation écologique nécessite un degré d'imagination et une volonté de prendre des risques peu répandus dans le secteur privé.

Tout ceci suggère que le développement durable a besoin d'un coup de pouce. D'où va-t-il venir ? Le secteur privé a ses limites ; le secteur bénévole n'est que bénévole, la société civile peut être une source d'expérimentation sociale mais on voit mal comment elle peut suffisamment toucher tous les recoins de la vie sociale et politique.

Reste donc l'Etat. Les Etats socio-démocrates de Scandinavie constituent un bon exemple de ce qu'on peut faire pour répondre au défi de la durabilité, bien plus que les Etats capitalistes libéraux comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Mais la question ne se limite pas à des Etats ou des résultats particuliers. Une fois qu'on sait ce qu'il faut faire, ce serait de la folie de ne pas le faire. Cela signifie qu'il faut rejeter les ornements idéologiques d'un néolibéralisme de plus en plus discrédité – par exemple l'obsession de la notion de choix du consommateur ou l'idée que la place de l'Etat doit être réduite. Le tsunami financier qui a provoqué la peur des banques, la panique des déposants et poussé les gouvernements à agir reflète un système économique qui joue notre avenir comme un chiffre à la roulette. Un éco-Etat actif ne permettra pas de répondre totalement au défi épique du changement climatique mais il y contribuera certainement davantage que ce qu'on admet actuellement.

{ndrew Dobson, Professor of Politics at Keele University, United Kingdom.

©&CourrierInterantional}

Asnjë vlerësim. Bëhu i pari që e jep atë!

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